Dans la forêt profonde

Publié le par CapOcapesDoc

Dans la forêt profonde

Dans la forêt profonde

Karin Serres

L'école des Loisirs - Théâtre contemporain - 2003

Résumé : Raoul et Erika ont décidé de vivre avec leurs trois enfants dans une maison isolée, au coeur de la forêt. Et cela suppose une sérieuse organisation. Erika, la mère se débat pour que les horaires soient respectés, les repas assurés, bref, que la vie soit la plus harmonieuse possible. Hélas, le plus souvent, elle craque. A cause de Raoul, son époux, qui perd la boule. Il ne va plus travailler, lit des livres étranges, disparaît la nuit. Il semble attendre quelqu'un ou quelque chose. Qui ? Quoi ?

Mon avis : je ne lis pas souvent de pièces de thèâtre, mais de temps en temps ça change. J'ai bien aimé l'intrigue : une famille, au fin fond de la forêt, mais dont le père/mari perd un peu la tête. Les membres de la famille ne comprennent pas pourquoi. Le suspense tient jusqu'au bout. Bien sûr, c'est une quête sur ses origines, une quête sur soi que recherche Raoul. 

 

Extrait (blog de l'auteure)

SCENE 8
C’est la nuit. Erika fume sans bruit devant la maison, Antoine arrive, à pied, avec précautions.

ANTOINE . — Ohp pardon, je t’avais pas vue. Bonsoir, maman.
ERIKA. — D’où tu sors, toi ?
ANTOINE . — Terrain d’aviation, comme d’hab’, pourquoi ?
ERIKA. — A pied ?
ANTOINE . — Je suis resté trop tard, on discutait. Vélo crevé, plus de Rustines, magasin fermé, galère, obligé de rentrer à pied, traverser cette purée de forêt…
ERIKA. — T’as pas eu trop peur ?
ANTOINE . — Tu parles !…terrifié, ouais . Tu m‘en offres une ?
Erika lui tend une cigarette.
ERIKA. — Tiens. Tu devrais pas.
ANTOINE . — Juste pour chasser les moustiques.
ERIKA. — Comme moi.

Silence fumeur.

ANTOINE . — Quelque chose qui cloche ?
ERIKA. — Rien. Ton père a juste pété un câble.
ANTOINE . — D’alime ?
ERIKA. — Non, dans sa tête. Pété un fusible, quoi. Perdu les pédales.
ANTOINE . — Papa ?
ERIKA. — Ton père, oui. Mon mari. L’homme le plus tranquille, le plus banal, le plus raisonnable de toute la famille, de tous les cadres bancaires, de toutes les forêts réunies, aaarghh !
ANTOINE . — Quoi, quoi ?
ERIKA. — Son congé, il vient de donner à la banque ! Aujourd’hui ! Pour un an ! Renouvelable ! Renouvelable non mais t’entends ?!
ANTOINE. — Il monte une start-up ?
ERIKA. — Si seulement ! 
ANTOINE. — Tu pleures ?
ERIKA. — De rire.
ANTOINE . — Je te crois.
ERIKA. — Je ne sais même pas pourquoi il a fait ça, juste… des piles et des piles de livres de la bibli, il a rapporté, plein la remorque, tu verrais, bourrée, brinquebalée derrière son Solex qui patinait dans la boue du sentier…
ANTOINE . — Où il est ?
ERIKA. — Va voir…

SCENE 9

Antoine entre dans la maison, ébloui un instant par la lumière. Raoul est là, qui lit.

ANTOINE . — Alors, papa…
RAOUL. — Chttt, les petits.
ANTOINE, bas. — Je viens de voir maman, là, dehors… Elle m’a dit comme ça que… Il paraît que tu vas plus travailler ?
RAOUL. — Oui.
ANTOINE . — Juste une question : qu’est-ce que tu vas faire à la place ? Parce que maman…
RAOUL. — Je l’attends, Antoine.
ANTOINE . — Hein ?
RAOUL. — Je l’attends.
ANTOINE . — Qui ?
RAOUL. — Celui qui se cache dans la forêt.
ANTOINE . — T’as entendu ça aux infos ?
RAOUL. — Mais non, depuis des millions d’années il se cache, abruti.
ANTOINE . — Doit plus être tout jeune, alors…
RAOUL. — Les autres, ils le cherchent, ils l’ont chassé, pourchassé, alors forcément il a peur, il s’effraie, qu’est-ce que tu ferais à sa place ? Pareil, planqué ! Mais moi, je vais faire le contraire. Moi, je vais l’attendre, le laisser, lui, s’approcher. Et… petit à petit… l’apprivoiser. Le premier, vivant, ce sera à moi qu’il se montrera.
ANTOINE . — Mais qui ? Quoi ?
RAOUL. — Celui que j’attends.

Publié dans Théâtre

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Manika 16/09/2015 13:06

Pas toujours facile de lire du théâtre !

CapOcapesDoc 16/09/2015 13:26

non, mais là le texte est fluide, et le suspense présent !